Séminaire V
Politiques publiques,
État et pouvoirs locaux en Europe
5 et 6 juillet 2007
Patrick Le Galès, directeur
de recherche au CNRS, Cevipof, professeur de
sociologie et de science politique à Sciences Po
Paris
De nombreux auditeurs de l’IHEDATE sont des
acteurs ou des familiers de la décentralisation. Dans ce séminaire, nous
souhaitons renverser la perspective et nous interroger sur les transformations
de l’action publique et les dynamiques de décentralisation à partir des
transformations de l’État. Il ne s’agit pas de faire l’apologie de l’État mais
de s’interroger sur les éléments de recomposition de l’État qui déterminent en
partie les contraintes et les opportunités pour les acteurs du territoire. Nous
attendons une participation active des auditeurs.
En effet, durant tout le XXème
siècle, les dynamiques de croissance de l’État ont été accompagnées autant du
développement et de la diversification d’instruments d’action publique que de
l’accumulation de programmes et de politiques dans les différents secteurs
d’intervention de l’État. Plus surprenant peut-être, les processus de
recomposition de l’État contemporain se sont accompagnés d’une nouvelle vague
d’innovations des instruments de politique publique, notamment, mais pas
exclusivement, dans les domaines récents d’expansion de l’action publique
comme, par exemple, la prévention des risques (environnementaux, sanitaires,
etc.)[1],
la régulation / réglementation du marché, ou les réformes de l’État ou de l’État-providence.
À la question « Qui gouverne ? » — mais aussi
« Qui pilote, qui oriente la société, qui organise le débat sur les fins
collectives » — s’est ajoutée la question « Comment peut-on
gouverner ? ». Jean Leca
(1995) définit le gouvernement en différenciant les règles (la constitution),
les organes de gouvernement, les processus d’agrégation et de direction, et les
résultats de l’action. « Gouverner c’est prendre des décisions, résoudre
des conflits, produire des biens publics, coordonner les comportements privés,
réguler les marchés, organiser les élections, extraire des ressources, affecter
des dépenses »
Or, l’État est désormais contesté et il se réorganise. Les États sont
parties prenantes de logiques d’institutionnalisation de l’Union européenne, de
processus de mondialisation divers et contradictoires, d’évasion de groupes
sociaux et de flux économiques, de formation d’acteurs transnationaux qui
échappent en partie aux frontières et aux injonctions des gouvernements, de
décentralisation. L’État au sein de l’UE ne bat plus monnaie, ne fait plus la
guerre à son voisin, a accepté la libre circulation des marchandises et des
hommes, une banque centrale… Des entreprises, des territoires, des
mobilisations sociales, des acteurs ont des capacités diverses d’accès à des
biens publics ou à des ressources politiques au-delà de l’État, des capacités
d’organisation et de résistance qui ont fait émerger le thème de l’ingouvernabilité des sociétés complexes dans les années
1970.
L’État lui-même est de plus en
plus différencié. Il apparaît comme un enchevêtrement d'agences,
d'organisations, de règles flexibles, de négociations avec des acteurs de plus
en plus nombreux. L’action publique se caractérise par du bricolage, de
l’enchevêtrement de réseaux, de l’aléatoire, une multiplication d’acteurs, des
finalités multiples, de l’hétérogénéité, de la transversalité des problèmes,
des changements d’échelles des territoires de référence. La mise en cause de la
capacité de direction est accentuée par les processus d'intégration européenne.
L’État semble perdre son monopole, il est moins le centre des processus
politiques, de régulation des conflits.
Tout ceci repose la question des territoires, de leur autonomie
politique, de leur capacité de gouvernement et de gouvernance.
Plus largement, la multiplication des acteurs et des
instruments de coordination dans un nombre toujours plus élevé de secteurs a
fait émerger un paradigme de « la nouvelle gouvernance négociée » au
sein de laquelle les politiques publiques sont moins hiérarchisées, moins
organisées dans des secteurs délimités ou structurées par des groupes d’intérêt
puissants, par exemple dans la politique de la ville, l’environnement, les
nouvelles politiques sociales, la négociation de grandes infrastructures…. au
risque de nier le jeu des intérêts sociaux et de masquer des relations de
pouvoir. Au-delà de la déconstruction de l’État, des limites du
gouvernement et des échecs à réformer, les recherches sur le gouvernement et
les politiques publiques ont mis en évidence le renouvellement des instruments
de l’action publique soit pour le développement de recettes dépolitisées
de la « nouvelle gouvernance négociée » soit via le renforcement de puissants mécanismes de
contrôle et d’orientation des comportements.
Jeudi 5 juillet
École des ponts – amphi Caquot, 28 rue des Saints-Pères,
Paris VIIème
Séance 1
– Qui gouverne les territoires ? À
la recherche des régulations politiques perdues
9h – 11h
Villes,
départements, régions, les acteurs de la gouvernance européenne et les dynamiques
de décentralisation en Europe
11h30 – 13h
Réforme
de l’État et Lolf
Philippe Bezès, chargé de recherche CNRS, Cersa
– Université de Paris II
Séance 2 – Les stratégies
régionales et la planification territoriale
14h30 – 16h
Planification urbaine et régionale en Italie :
les effets du fédéralisme
Paolo Perulli, professeur à l’Université d’Alessandria
16h30 – 18h
L’aventure du SDRIF
Vincent Fouchier, directeur à l’Iaurif,
délégué à la coordination du schéma directeur de la région Île-de-France
Vendredi 6 Juillet
Sciences Po – amphi Boutmi,
bâtiment A, 27 rue Saint-Guillaume, Paris VIIème
Séance 3
– La restructuration de l’État et la dévolution : le laboratoire
britannique
9h - 11H
Un État
immobile, creux, régulateur, recentralisé ?
L’expérience New Labour en Grande-Bretagne
Patrick le Galès
11h30 – 13h
Dévolution
et décentralisation en Grande-Bretagne : Pays de Galles et Écosse, impact
sur les politiques publiques
Alistair Cole, professeur de
science politique à l’Université de Cardiff, professeur invité à Sciences Po (chaire Vincent Wright)
Séance 4
– Politiques territoriales de l’État en France
14h30– 15h30
L’État et
la gestion des risques
Olivier Borraz, chargé de recherche CNRS au Centre de sociologie
des organisations (CSO), enseignant à Sciences Po
15h30 – 16h30
Le
gouvernement à distance
Renaud
Epstein, consultant
16h30 – 17h30
Le
rapport Richard et les évolutions de la décentralisation
Nicolas
Portier, délégué général de l'Assemblée des communautés de France (ADCF)
Conclusion
Bibliographie
- Boussaguet Laurie,
Jacquot Sophie Ravinet Pauline (dir.), Dictionnaire
des politiques publiques, Presses de Sciences Po,
2004
- Badie B., La fin des
territoires, Fayard, 1995
- Le Galès Patrick, Le
Retour des villes européennes ? Sociétés urbaines, mondialisation,
gouvernement et gouvernance, Presses de Sciences Po,
2003
- Le Galès Patrick, Lequesne Christian (dir.), Les Paradoxes des régions en Europe, La Découverte, 1997
- Culpepper Pepper D., Hall Peter A., Palier Bruno (dir.), La France en mutation, Presses de
Sciences Po, 2006
- Lascoumes Pierre et Le Galès Patrick (dir.), Gouverner par les instruments,
Presses de Sciences Po, 2004
- Le Galès Patrick,
Faucher King Florence, Tony Blair, 1997-2007, bilan des réformes, Presses de
Sciences Po, 2007
- Palier B., Surel Y.,
L’européanisation des politiques publiques, l’Harmattan, 2007
[1]
- Gunningham N., Grabosky
P., Smart Regulation, Designing Environmental Policy, Oxford, Oxford University
Press – Hood CH.